Vieilles pierres libertines

Le Marquis de Sade a passé du bon temps dans cette résidence seigneuriale du XIe sur les hauteurs du village de Lacoste.
Au calme, dans le Luberon, entre quelques scandales plus que libertins et de multiples séjours en prison.

Les pierres de la terrasse restaient très chaudes à la tombée de la nuit. Comme une vengeance du soleil sur la fraîcheur du soir. La touriste américaine avait ses habitudes discrètes au pied des hauts murs découpés du château de Lacoste avec pour seul voyeur, son intime amant du clair de lune, Donatien-Alphonse-François de Sade. Elle s’allongeait de longues minutes, nue, les bras en croix sur le calcaire à la douceur rugueuse, belle marquise en quête d’émois historiques.

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De nombreuses années plus tard, l’anecdote bruisse encore dans les rues du village et à la terrasse du Café de France. C’était avant qu’un prof d’anglais André Bouer et son épouse ne commencent à rénover les lieux, avant que Pierre Cardin, couturier et restaurateur ne s’y installe en 2001.

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Tout en haut sur l’esplanade, le château de Lacoste surplombe la vallée du Calavon et les Monts de Vaucluse qui portent le regard vers le Ventoux et les Alpes. Superbe panorama posé sur le petit Luberon qui accueille le visiteur avec les bras de métal, grands ouverts de « Welcome », l’un des sculptures d’Alexander Bourganov, presque un hommage à l’Américaine. La main gauche désigne, un peu plus loin, le buste encagé du Marquis qui veille sur les lieux, les bras croisés. Pour une fois très sage le Divin, mais maître des lieux absolument car ici ce ne sont pas les vieilles pierres que l’on visite d’abord mais bien la mémoire du Sulfureux qui n’en profita que peu de temps et par intermittence, entre 1769 et 1778.  Une résidence secondaire en quelque sorte ce château du XIe puisque Donatien logeait la plupart du temps en prison, dans le donjon de Vincennes.

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A propos de donjon, il devait bien y en avoir un, aménagé, quelque part dans l’immense bâtisse de 42 pièces, de quoi stimuler vos divagations libertines, j’en suis persuadé. Vous ne pouvez pas y échapper en visitant ses appartements avec vue imprenable surtout si vous êtes accompagné par votre copine Justine (Aline ça marche aussi) avec qui vous aimeriez philosopher dans le boudoir. Ou vous imaginer arrivant en limousine noire, invités sur le volet, masqués, pour une soirée très habillée, au début, comme dans « Eyes Wide Shut », le film de Stanley Kubrick.

Pour faire une pose bien méritée, je vous conseille de prendre un rafraîchissement au Café de Sade, marketing oblige, en relisant les descriptions du château que fait le Marquis lui-même dans « La marquise de Gange » et « Les 120 journées de Sodome ».

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L’endroit a beaucoup évolué depuis, avec la création d’une grande salle qui peut accueillir jusqu’à 800 personnes non loin des carrières et leur théâtre en plein air de 1 000 places. Car, dans la mémoire des lieux, il n’y a pas que les frasques du « furieusement combustible » tel que le qualifiaient ses camarades de chambrée, cavaliers du régiment de Bourgogne. Le théâtre et le spectacle vivant font aussi partie de la tradition du château. Un festival a eu lieu dans les ruines de 1955 à 1958 à l’initiative des époux Bouer.

Pierre Cardin a repris les cintres, si j’ose dire, tous les étés avec des programmations et un auditoire très VIP. Une manière de faire fructifier l’héritage puisque les premières représentations eurent lieu, ici, dans un petit théâtre de 120 places en 1772. Donatien de Sade, homme de lettres avant tout, avait prévu 25 soirées théâtrales entre le 3 mai et le 22 octobre, proposées à Lacoste et à Mazan dans sa propriété comtadine. Les représentations ont été annulées en juin pour cause d’embrassement intérieur avec quatre dames aux mœurs folâtreuses, rue d’Aubagne à Marseille. Entre autres joyeusetés même pas répertoriées dans le code pénal de l’époque, le « fort dérangé », les avait droguées avec des pastilles à la cantharide, un dangereux aphrodisiaque en vogue au XVIIIe.

Ça peut donner une idée à la direction du festival : distribuer un bonbon avec chaque billet…un clin d’œil, juste pour rire.

 

Château de Lacoste : visite tous les jours de 11H à 18h jusqu’au 31 août.

10€ adultes – 7€ étudiant – 5€ enfants.

 

Festival de Lacoste : du 12 au 26 juillet. Réservations au 04 90 75 93 12.

 

Texte Hugues Masoch, Photos Alain Hocquel, Valerie Biset, Marc Laurin

 

 

 

Hugues

Ecrit par

J’arpente le Vaucluse depuis presque 40 ans pour raconter les choses et les gens, dégotter des coinstots plus ou moins bizarres, austères parfois, festifs et surprenants souvent, pleins d’histoires petites et grandes. J’ai toujours aimé soulever les jupes du quotidien. Je n’ai jamais été déçu. Alors restez avec moi pour vous faire partager mes découvertes.

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