Luthier, un métier de passion et de précision

Loïc Müller fait partie de la demi-douzaine de luthiers qui exerce dans le Vaucluse, chacun avec ses spécificités. Nous l’avons rencontré en plein travail dans son bel atelier avignonnais, une ancienne orangeraie, dans laquelle il s’est installé il y a trois ans. Je vous invite à un voyage initiatique pour découvrir un métier fait de passion: la conception d’instrument à cordes pincées.

Loïc Müller, jeune luthier avignonnais de 29 ans, scrute  la forme qu’il vient de donner à son instrument avec une précision chirurgicale.Il caresse le bois avec une infinie délicatesse.  » La table » en épicéa est la partie centrale de la guitare, la plus importante, le moteur en quelque sorte, qui fonctionne comme une peau de tambour qui amplifie le son et lui donne sa qualité. Les veines fines et serrées de l’épicéa, qui aura séché pendant plus de dix ans, vont résister aux cordes et aux vibrations plus importantes. L’éclisse (contour de la caisse) et le fond sont en bois durs, érable ou noyer, car c’est leur densité qui va influencer le timbre de l’instrument. Aucun détail ne lui échappe tant dans la technique que dans l’esthétique sobre, élégante et épurée du style « Müller ».

Le jeune luthier s’est installé à Avignon dans une ancienne orangerie © Colombe Production

C’est en septembre 2015 que le jeune luthier s’installe dans son atelier à Avignon, dans une ancienne orangeraie qui appartenait jadis à la Chartreuse de Bonpas. A l’extérieur, une superbe glycine épouse la structure en fer forgé pour protéger du soleil les grandes baies vitrées et cintrées. A l’intérieur, j’ai découvert  un atelier en bois noble, où tout est méticuleusement rangé dans des dizaines et des dizaines de tiroirs. D’autres outils , tous aussi curieux les uns que les autres, sont exposés tels des trophées de victoire de la musique. Loïc a entièrement conçu son atelier comme il fabrique de A à Z ses guitares. Je l’écoute avec intérêt me décrire les différentes phases de la fabrication de cet « instrument à cordes pincées » .

Le jeune luthier avignonnais a fabriqué son atelier de A à Z. Il y répare des guitares et fabrique les siennes © Colombe Production

La finition relève de plein de détails qu’on ne voit pas au premier regard. Les cordes en acier sont posées et le profil de la tête réglé. L’oreille tendue, Loïc Müller fait ronfler la guitare. L’air sort de la rosace. Le luthier sait que son travail n’est pas terminé… le son n’est pas parfait car il manque la couche de vernis, qui aura elle aussi une forte influence sur le son de la guitare.

La fabrication du tambour en épicéa est l’un des premières étapes © Loïc Müller

Et comme par miracle, après deux mois de travail, la caisse et les cordes se font échos et de concert quelques airs rock connus sortent de l’instrument sous les doigts agiles du jeune luthier.

L’éclisse est une étape délicate. C’est elle qui constitue le contour de la caisse de la guitare © Colombe Production

En pleine activité, le luthier peut sortir de 3 à 5 guitares tous les deux mois, pas trop vite car le bois a besoin de temps pour sécher encore. Il en coûtera aux passionnés entre 2000 et 3000 euros pour une guitare conçue sur mesure par ce jeune talent avignonnais et signée LM.

Il faut environ deux mois à Loïc Müller pour la fabrication d’une guitare © Loïc Müller

Compagnon du tour de France en menuiserie en 2008, Loïc Müller a suivi en 2009 l’école d’ébénisterie au Thor. Ce fut pour lui une révélation avec l’objectif affiché de devenir luthier. Loïc part trois ans à Mirecourt dans les Vosges afin de suivre une école de lutherie. Il apprendra à fabriquer des violons et à les assembler uniquement. Et non pas à les faire sonner  « car la base du son provient d’un violon bien assemblé », me confie-t-il. Loïc fait aujourd’hui partie des 600 luthiers qui exercent en France. Ils n’étaient qu’une centaine dans les années 2000.

Loïc aime la guitare plus que tout. Sa première, il se l’ai payée à 14 ans © Loïc Müller

Puisant dans ses souvenirs, il se souvient de sa première guitare qu’il s’était achetée à 14 ans . Il jouait énormément et d’un soupir, laisse échapper: « Et dire que je devais me lever tous les matins pour aller à l’école ! ». La tête bien sur les épaules, l’ado savait qu’il était temps pour lui d’apprendre un métier qu’il aime: luthier. Et tous les matins, sous le ciel bleu de Provence, il se lève à présent avec joie pour aller dans son atelier, jouxtant son studio. « C’est pratique car lorsque me vient une idée, je peux immédiatement la mettre oeuvre ! », sourit-il. Et dans ses grands yeux bleus, c’est un océan de passion qui se reflète.

Pour contacter Loïc Müller dans son atelier à Montfavet: 0611352628.

Violette

Ecrit par

Ici, souffle le mistral sous le soleil qui réchauffe les âmes. Le vent balaye le plateau de Sault, siffle sur le mont Ventoux, aiguise les Dentelles de Montmirail, défie le palais des papes et caresse la Sorgue, le Rhône et la Durance. Mais dans le Vaucluse, le vent porte aussi les mots du poète Frédéric Mistral et sème les tirades théâtrales pendant le célèbre Festival d'Avignon. Telle une colombe, j'aime survoler cette terre fertile composée des plus grands vignobles du monde, picorer dans les assiettes des grands chefs de Provence, admirer le savoir-faire des artisans. Et vous faire partager ces instants de bonheur...’

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