Le Colorado provençal : un appétit d’ocre

Ici le Colorado tutoie le Sahara et l’ocre donne le ton. Cette balade champêtre dans le patrimoine industriel se pigmente à l’œuvre d’art brut.

Sous le salé, la plage. Au plus fort de l’été, l’idée m’a toujours rafraîchi.

C’était au Crétacé, tendance Aptien, comme la ville d’Apt.  L’océan était partout et pour poser son ancre, il aurait fallu mouiller dans une crique du Massif Central. Bien plus tard, le climat tropical a fait son œuvre, l’eau a disparu pour ne laisser que le sable, des couches de trente mètres, le même qui anime en technicolor la campagne de Rustrel.

Sur le GR6, j’ai une petite pensée pour l’abbé Martel, son créateur, curé vadrouilleur, à qui l’on doit l’expression « Colorado provençal ». Il devait aimer les westerns des années 50 en imaginant John Wayne poursuivit par des Comanches au détour des cheminées de fée, ou un Laurence d’Arabie, au maquillage blushé de poussière, dans un autre coin, plus loin, qui s’intitule « le « Sahara ».

J’ai bien fait de ne pas mettre un pantalon clair car, ici, 25 nuances d’ocre, de l’ivoire au rouge brique, pastélisent le paysage fait de collines, monticules, canyons qui griffonnent les perspectives : trente hectares pour se colorer l’âme bucolique et les doigts qui laissent filer le sable avec l’envie de creuser pour voir dessous encore ; trouver une pépite car l’ocre est un excellent marqueur du métal jaune, question de densité paraît-il. De là, à  se balader avec une pioche…

D’autres ont essayé, à la barre à mine, à l’explosif, creusant même des galeries gigantesques, des mines cathédrales au labeur quotidien comme celles de Bruoux à Gargas, autre grand lieu des ocriers. Pas d’or au bout du pic mais leur Précieux, l’oxyde fer qui a tout coloré en 77 000 ans, des gravures en Afrique australe, des chevaux à Lascaux et même des « Venus impudiques » du paléolithique, en Dordogne. C’est dire la palette…Même le caoutchouc rouge des bocaux de conserve. Si…si…

Ça inspire pour un déjeuner sur l’herbe, sous les marronniers et les chênes qui cernent la Doa. Cette petite rivière, dérivée, donnait l’eau pour le lavage de l’ocre. C’est la « Cascade ».  Il n’y a qu’à suivre les anciennes canalisations, les rigoles minérales et arpenter le circuit du « lavage des ocres ». On en ressort très savant avec de quoi alimenter la conversation, entre amis, à l’heure apéritive avec un rosé gouleyant.

Rosé, comme l’une des nuances que fait découvrir « Ôkhra », le Conservatoire des Ocres et de la Couleur à Roussillon dans l’ancienne usine Mathieu. Indispensable détour qui rassemble salariés du lieu, artistes, artisans, scientifiques et industriels dans un vrai échange de savoirs. Ils donnent des cours pour maîtriser la mise en œuvre des pigments et des enduits à la chaux.

Je vais me laisser tenter, ma maison a besoin de reprendre des couleurs.

Mon pantalon, c’est fait.

 

En savoir plus : http://www.provenceguide.com/sites-naturels/ocres-39-1.html

Texte Hugues Mazoch, photos Alain Hocquel, Colombe Production, Go Prod

Photo à la une Marc Laurin

 

Hugues

Ecrit par

J’arpente le Vaucluse depuis presque 40 ans pour raconter les choses et les gens, dégotter des coinstots plus ou moins bizarres, austères parfois, festifs et surprenants souvent, pleins d’histoires petites et grandes.
J’ai toujours aimé soulever les jupes du quotidien. Je n’ai jamais été déçu. Alors restez avec moi pour vous faire partager mes découvertes.

Commentaires

  1. Ecrit par Bosnay le 15 mai 2017, 18:24 [Réponse]

    Les images ne s’affichent pas sur mon ipad
    Allo le webmaster

    • Valérie
      Ecrit par Valérie le 21 mai 2017, 16:09 [Réponse]

      Désolée je ne sais pas ce qu’il se passe . Sur le notre ça fonctionne

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