La papauté a ses limites

L’Enclave des Papes .
L’histoire tient à peu de chose. Comme à un penchant très prononcé pour le vin même s’il n’est pas de messe. Peu importe le calice… comme disait Jean XXII, le second Pape d’Avignon…A condition de ne pas dépasser les bornes. Explications…

A vélo, sur les routes langoureuses de l’Enclave des Papes, la balade facile entre vignoble et truffière incite à la divagation, donne du temps à l’imagination pour peu qu’on ait lu, avant, l’histoire de la contrée. Justement, ce circuit a été rendu passionnant par Jean XXII, le pape provençal du début du XIVe.

Je vous raconte vite fait, ça vaut le détour.

Il était malade en descendant de Lyon. Suffisamment barbouillé pour recommander son âme à Bacchus, l’un des plus vieux dieux des alentours de Valréas. La suite tient du miracle probablement puisque qu’après quelques rasades il « s’en trouva fort ragaillardi ». Il conclut que ce vin était miraculeux.

Cette partie de l’histoire du Vaucluse se résume donc à une tournée d’apéro déguisée en consultation médicale et qui incita Jean XXII, héritier de l’ancienne commanderie templière de Richerenches,  à acheter Valréas en toute simplicité (1317), avant de se dire que les villages et les vignes de Visan et Grillon valaient aussi l’investissement et échanger ce dernier contre la moitié de Montélimar et 4 000 florins. A l’époque, pour faire la nique aux Etats du Dauphiné et installer le pouvoir papal dans le coin, les stratégies géopolitiques valaient bien quelques berlingots.

Vue de Valréas © AHocquel

Vue de Valréas © AHocquel

Eglise du village de Visan

Eglise du village de Visan

Village de Grillon © M.Pellegrin

Village de Grillon © M.Pellegrin

Grillon, La fresque papale de la salle des Consuls - Hôtel Chapuis de Tourville © M.Pellegrin

Grillon, La fresque papale de la salle des Consuls – Hôtel Chapuis de Tourville © M.Pellegrin

Aujourd’hui, on passe du Vaucluse à l’Enclave vauclusienne en traversant une langue de Drôme sur moins de trois kilomètres au plus court ; le roi de France ayant toujours refusé de vendre ces vieux bouts de terrain pour éviter que les Papes ne fassent la jonction avec le Comtat Venaissin.

Cette enclave a été confortée en 1791 puisque ses habitants ont fait savoir au pouvoir central, par référendum, qu’ils préféraient rester dans le Vaucluse plutôt que dans la Drôme.

Si le vélo vous lasse, je vous conseille la balade pédestre sur les chemins communaux à la découverte des bornes papales qui délimitaient l’Enclave. 22 monolithes miniatures (150×40) balisent les frontières de ce territoire anciennement divin et il faut prendre le temps d’y observer sur une face, les deux clefs entrecroisées, emblèmes du Comtat Venaissin et sur l’autre, les blasons sculptés des seigneurs, propriétaires des terres bornées.

Après ces deux circuits très culturels, je vous conseille de céder aux nourritures terrestres. Le Café de la Paix à Valréas fera parfaitement l’affaire sous le fallacieux et agréable prétexte que l’intérieur d’inspiration « Art Déco » est classé aux Monuments historiques depuis 1986.

Plusieurs toasts s’imposent : Au Templier errant de Richerenches dont le fantôme veille sur la plus vieille Commanderie Templière de Provence depuis la grande purge de 1307. Si vous cherchez encore le fameux trésor des moines-soldats, sachez que plusieurs s’y sont cassé les pioches et quitte à chercher de l’or autant qu’il soit noir dans le petit musée de la #truffe voisin.

Richerenches

Richerenches

Levez le verre aux cartonniers dont Valréas était la capitale française à la fin du XIXe et puis à Jean XXII sans lequel vous ne seriez pas là. Autant boire le calice jusqu’à la lie : le créateur de #Châteauneuf-du-Pape (c’est lui aussi) est mort à 90 ans dont 18 de Pontificat (1316-1334).

Vraiment, les vins de l’Enclave doivent avoir quelques vertus !

Office de tourisme de l’Enclave

Circuit des bornes papales

Commanderie templière à Richerenches

Musée du cartonnage et de l’imprimerie de Valréas

 

Texte Hugues Masoch

Photos Muriel Pellegrin, Alain Hocquel

Hugues

Ecrit par

J’arpente le Vaucluse depuis presque 40 ans pour raconter les choses et les gens, dégotter des coinstots plus ou moins bizarres, austères parfois, festifs et surprenants souvent, pleins d’histoires petites et grandes. J’ai toujours aimé soulever les jupes du quotidien. Je n’ai jamais été déçu. Alors restez avec moi pour vous faire partager mes découvertes.

Commentaires

  1. Ecrit par Blanchard Eliane le 20 octobre 2016, 06:59 [Réponse]

    Superbe! Beau commentaire.

Réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Veuillez répondre à cette question pour valider le commentaire : *