Festival Off d’Avignon du 4 au 26 juillet 2015

Le plus grand théâtre du monde, aussi plus grand marché du spectacle vivant, ouvre ses portes pour trois semaines à Avignon. 1066 compagnies, 1258 spectacles … La grande fête commence vendredi 3 juillet avec la parade du Off !

Le cavalier en rouflaquettes furieuses remontait la rue de la République en chargeant des hordes d’envahisseurs en tongues et bermudas bigarrés. Au bas de la place de l’Horloge, les automobilistes qui descendaient vers lui se retrouvaient avec un cheval cabré au-dessus du capot. Bartabas, en partance pour la gloire avec son « Théâtre équestre Zingaro », les invectivait en Skovatch, la langue qu’il avait inventée avec ses compères du « Cirque Aligre ». Eux, ils suivaient avec un vieux camion de Poukis et un bateleur, juché sur le toit, jouait avec ses rats dressés, l’une des attractions de leur cabaret tsigane, dans le Off des années 80. « Et, pour la première fois au monde, la tête du fauve dans la gueule du dompteur » braillait-il en enfournant dans sa bouche le museau du rongeur. Les filles grimpaient en hurlant sur les chaises des bistrots comme dans les caricatures et les enfants s’étouffaient de « Beurk beurk ! » rigolards.

Vingt ans et quelques plus tard, les parades sont devenues plus calmes, moins trash, dans cette cour des miracles annuelle qui festonne la ville de milliers d’affiches, sur les lampadaires, les gouttières, les balcons, les rambardes, le moindre recoin visible, ces invitations aux spectacles vivants quand la cité des Papes s’ébroue enfin, dans un fulgurant laboratoire des créations théâtrales.

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Le Off c’est le vrai festival des saltimbanques, acteurs, musiciens, danseurs et j’adore les suivre au fil des rues, collectionner leurs tracts, les regarder jouer leur bande-annonce en costumes sur les places bondées. Il faut prendre le temps de discuter avec eux d’où ils viennent, de l’emprunt contracté auprès de banquiers pas toujours poètes pour pouvoir se faire connaître dans « Le plus grand théâtre du monde », évoquer aussi le prix d’une location d’appartement ou d’une tranche horaire dans les salles d’Avignonnais moliéresques qui connaissent par cœur la réplique « Ma cassette, ma cassette ! ». Eh oui, on peut se balader pendant trois semaines en marquise déjantée qui remonte ses brailles en public, en monstre de latex grimaçant, en clown « bonjour les petits enfants » et gérer des contingences extrêmement matérielles. Ça fait aussi partie du jeu papal.

 

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 Au gré de la baguenaude, il y a toujours une arrière-cour de spectacle transformée en barnum, un estaminet guilleret, un coinsto bizarre pour grignoter un bout et se rafraîchir les intérieurs. Dans le genre, je vous conseille la rue des Teinturiers, étroite et pavée avec ses roues à aubes sous les grands platanes. La plus vivante d’Avignon de jour comme de nuit, à vous de débusquer l’endroit idéal entre deux pièces ou vous contenter des badauds qui passent. Certains sont en costumes bleus. Ce sont des CRS. Si vous êtes euphorique avec modération, vous pouvez toujours demander le numéro de leur compagnie mais pas dans quel spectacle ils jouent. On leur fait le coup cent fois par jour et le CRS n’est pas forcément un grand amateur du comique de répétition.

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Plus d’informations

 

Texte Hugues Masoch, Photos A.Hocquel,Valérie biset

Hugues

Ecrit par

J’arpente le Vaucluse depuis presque 40 ans pour raconter les choses et les gens, dégotter des coinstots plus ou moins bizarres, austères parfois, festifs et surprenants souvent, pleins d’histoires petites et grandes. J’ai toujours aimé soulever les jupes du quotidien. Je n’ai jamais été déçu. Alors restez avec moi pour vous faire partager mes découvertes.

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