Chercheur de petites bêtes

L’Harmas, la terre en friche du naturaliste Jean-Henri Fabre est devenue une référence pour tous les entomologistes de la planète. Ce sanctuaire, situé à Sérignan du Comtat, passionne aussi les néophytes, les scolaires et les Japonais.

J’ai toujours aimé sa belle tête de vieux Navajo appliqué. Très studieux toujours, car on ne plaisante pas avec les « mœurs de la mère du Copris espagnol » qui demande sérieux et concentration. Je vous laisse chercher dans l’un des douze volumes des « Souvenirs entomologiques » à quoi ressemble la bestiole.

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Sous son chapeau noir à large bord, Jean-Henri Fabre était une sorte d’Indiana Jones méditerranéen, tanné et buriné, toujours à farfouiller la campagne, par monts et par vaux, sous les pierres, derrière les bosquets, au creux d’un arbre mort pour y dénicher des insectes, des mousses, des pousses microscopiques, des champignons, afin de les étudier et de raconter leur vie dans des bouquins denses comme le chêne vert du Ventoux. Traduits en 15 langues, ses écrits passionnent toujours le monde entier en général et les Japonais en particulier. Je crois que c’est une histoire de minutie, de connivence avec la nature, de vibrations du monde. Fabre devait faire du Feng Shui, sans le savoir. Etonnez-vous alors que le pays du Soleil Levant ait voulu acheter son « laboratoire des champs » dans les années 90. Les collectivités locales et territoriales ont mis le holà. L’Harmas et le « scarabée à large cou » ont donc été préservés dans l’exotisme vauclusien.

Pour ceux qui l’ignorent, « Harmas » signifie « terre en friche » en Provençal. Et elle l’était vraiment quand il l’a achetée en 1879. Rien à voir avec le domaine que je vous conseille vivement de visiter à l’entrée de Sérignan. Vous ne pouvez pas le rater avec l’immense mante religieuse en métal qui veille sur lui, pour donner le ton.

« Ce coin de terre abandonnée » et la grande bâtisse ont été restaurés au début des années 2000, à l’identique, papier peint au goût discutable compris mais on ne badine pas avec les monuments historiques du XIXe. Petite anecdote : pendant les travaux, les ouvriers ont mis la main sur une pince à épiler qui avait glissé derrière une vieille plinthe vermoulue. La trouvaille avait fait bondir d’allégresse la Conservatrice des lieux qui bénissait au passage le naturaliste tête en l’air. La précieuse relique fait désormais partie des 1 300 objets qui, réunit dans le Cabinet de travail, peuplent la mémoire de ce sanctuaire entomologique avec sa bibliothèque gigantesque, ses aquarelles de champignons, ses grandes vitrines pleines d’herbiers et de bêtes étranges, déambulantes ou volantes, figées pour la postérité.

 

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A l’extérieur, 500 espèces végétales et 20 arbres d’époque font un festival du Sud. Ce n’est que bassin, fontaine, suspension, massif, sentier, fleurs en platebande ou en vrac. Des herbes fofolles aussi pour respecter l’esprit des lieux. Les chardons sont toujours là, comme pour préserver la mémoire de leurs ancêtres qui tutoyaient les Hyménoptères. Si vous ne savez pas ce que c’est, je vous convie une fois de plus, à compulser les « souvenirs entomologiques » de Jean-Henri Fabre qui a beaucoup écrit aussi sur les cigales. Mathématicien, chimiste, musicien, aquarelliste, le chercheur était aussi poète et écrivain et il débusquait la petite bête qui s’éveillait à l’été dans les petits trous « de l’allée du jardin, convertie en petit Sénégal par la réverbération d’un mur exposé au midi ».

Quel talent !

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Harmas de Jean-Henri Fabre à Sérignan-du Comtat.

Ouverture de 10h à 12h30 et de 14h à 19h. Fermé samedi et dimanche matin (août). De 10h à 12h30 et de 14h à 17h. Fermé mercredi toute la journée et samedi et dimanche matin (septembre et octobre).

T. 04 90 30 57 62.

Plus d’informations

 

 

Texte Hugues Masoch

Photos A.Hocquel, N.Tardieu, JL Seille, Naturoptère de Sérignan,

Archives Palais du Roure Avignon

Hugues

Ecrit par

J’arpente le Vaucluse depuis presque 40 ans pour raconter les choses et les gens, dégotter des coinstots plus ou moins bizarres, austères parfois, festifs et surprenants souvent, pleins d’histoires petites et grandes. J’ai toujours aimé soulever les jupes du quotidien. Je n’ai jamais été déçu. Alors restez avec moi pour vous faire partager mes découvertes.

Commentaires

  1. Ecrit par banquettes bristot le 13 août 2013, 10:03 [Réponse]

    Chercheur de petites bêtes – Visitez la Provence, Pouvez-vous expliquer plus:, je trouve insterense cette .
    Salutations.

    • Hugues
      Ecrit par Hugues le 22 août 2013, 14:09 [Réponse]

      Marcelo : je vous invite à consulter ce site qui vous donnera des informations sur ce célèbre entomologiste Jean Henri Fabre http://bit.ly/1f4Aiz0

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