Back to school : l’Ecole du vin de Châteauneuf-du-Pape

Le laboratoire d’oenologie Mouriesse, à Châteauneuf-du-Pape, a développé depuis quelques années une offre d’ateliers de dégustation destinée aux particuliers et amateurs de vin de tous niveaux. Parfait pour briser le tabou de la dégustation ; on trouve enfin les mots, et on sait à quoi être attentif lorsqu’on déguste un beau vin -et même un vin modeste-. Je me suis glissé dans un atelier d’initiation avec quelques amateurs, pour voir si on peut dire au vigneron « Dites donc, il a d’ la cuisse ! » sans se faire mettre poliment à la porte …

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Un cabinet d’œnologie qui donne des cours aux particuliers, ça c’est de la veine. Parce qu’ils y sont tous les jours de l’année, eux, dans le vin ! Le nez dans les verres de dégustation, ou dans les chais avec les vignerons qu’ils conseillent, à goûter les baies, à surveiller les malos (fermentations malolactiques) et à guider les assemblages (« attends, rajoute un peu de Syrah tu vas voir »).

Avec 6 séances au choix, pour tous types de public -du béotien à l’expert-, l’école de dégustation Mouriesse propose un bel éventail de techniques et d’approfondissements pour apprendre à mieux aimer le vin, c’est à dire à savoir exactement ce que l’on aime y trouver, ce que l’on n’aime pas, et éventuellement pouvoir dépasser ses propres limites ou préjugés, du style « avant, j’aimais pas les arômes empyreumatiques mais ça, c’était avant ». (Voir la définition de ce terme étrange en fin d’article).

 

C’est Christian Agut, œnologue, qui dirige l’initiation du petit groupe que nous formons. On est au stade béotien, donc, rappel des familles d’arômes, description de nos organes sensoriels que sont les cavités nasales – qui déterminent les arômes- et la langue -qui apprécie la structure-, et bases du vocabulaire de la description : limpidité, couleur teinte, attaque, équilibre, finale, harmonie, de jolis mots qui vont prendre dans quelques instants une dimension sensible.

Ceux qui s’imaginent déguster tout de suite un Châteauneuf-du-Pape 1961 de la Nerthe seront déçus ; d’abord, on déguste … de l’eau ! Oui, de l’eau, neutre et sans goût, et pourtant si nécessaire dans la dégustation pour (1) remettre le palais à zéro, et (2) comprendre que cette impression de neutralité, c’est déjà un équilibre ! Avec la dégustation d’eau sucrée, amère, acide, ça se complique (mais pas trop).
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Viennent les arômes (à deviner à l’aveugle), que le cerveau va chercher dans la mémoire pour que le langage les formule (mais pas toujours, d’où la célèbre phrase « ah, maintenant que vous le dites ! »). C’est rigolo, les arômes, on est parfois un peu perdu, voir perplexe en entendant la solution. Christian donne quelques méthodes pour s’y retrouver, et très vite on sait distinguer la figue de Caromb de la commune figue de barbarie (je plaisante, mais je suis certain que Christian, lui, le sait).

 

Et puis, enfin, une fois bien assoiffés de connaissance, nous passons au vin. Christian a choisi plusieurs échantillons, des vins modestes et des vins plus élaborés, des vins sans caractéristiques de terroirs ou de vinification particulière, et des vins de Châteauneuf plus typés. C’est cela que nous apprend la dégustation ; reconnaître des types, des manières de faire, des cultures particulières aux vignerons (et aux œnologues) qui élaborent le vin. Et puis aussi, à travailler sur la structure du goût : le fameux équilibre entre l’acidité, la douceur ou l’amertume ; d’où ça vient, est-ce que tout joue ensemble, ou est-ce dissonant ? Si je le perds rapidement, qu’est-ce que cela veut dire ?

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La dégustation, lorsqu’elle se fait en bonne compagnie, est une sorte de méditation. Alors taisons nous, et laissons à Christian le mot de la fin : « quand vous commandez une bouteille au restaurant, rappelez vous que l’on déguste bien en silence. Avec une bande de potes tonitruants, un vin franc, économe en sensations (ce qui ne veut pas dire mauvais !) ; au contraire, avec un ami taiseux, pas bavard, un vin complexe, dont on pourra apprécier les nuances. Et pour votre amoureux(se), avec qui le silence n’est jamais gêné, un vin aussi délicat que votre amour. » Quel savoir-boire !
* empyreumatiques : de la famille des arômes comme : pierre à fusil, silex, fumée, brûlé, pain grillé, goudron, etc…

 

L’école de dégustation Mouriesse
2 rue des Papes
84230 – Châteauneuf-du-Pape
T.04 90 83 56 15
www.oenologie-mouriesse.com

 

Autres ateliers de dégustation en Côtes du Rhône, AOC Luberon et AOV Ventoux,

 

Texte et photos Pierre Marilly

Ecrit par

Je suis photographe et rédacteur dans les domaines de la gastronomie, du vin et de l’art de vivre. Arrivé en 2009 dans le Vaucluse, j’explore avec un bonheur toujours renouvelé ce coin de Provence authentique, à la rencontre des passionnés qui font vibrer mes sens ; chefs, vignerons, producteurs. Pour moi, il n’y a pas de petits sujets ! J’ai surtout à cœur de vous faire ressentir, par la magie des images et du verbe, la chaleur des fourneaux de cuisine pendant le coup de feu, ou la fraîcheur d’un chai en été.

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