Berger en Luberon, sculpteur de paysage

Dans les montagnes du Luberon, le pastoralisme se maintient encore grâce à quelques bergers passionnés et courageux. La viande d’agneau qu’ils nous fournissent est superbe : élevée dans les collines de garrigues et de prés d’herbe verte, elle est à juste titre prisée des gastronomes. Mais les bergers et leurs troupeaux ont un autre impact, admirable, sur le paysage : ils le sculptent et l’entretiennent ! Philippe Cerda est un de ces jeunes bergers pleins de passion pour leurs bêtes et leur coin de pays. À l’occasion de l’agnelage (la naissance des agneaux), je suis resté quelques heures à ses côtés, devant le beau panorama de Sivergues, parmi une troupe bêlante de brebis sympathiques.

Un matin à Sivergues, au fond du Luberon. Sous l’imposante ancienne demeure de l’archidiacre, le troupeau de Philippe attend dans l’enclos le signal du départ vers les pâturages. Les chiens courent d’un côté et de l’autre, le rassemblant en une masse laineuse et mouvante. Tandis que Philippe finit d’inspecter les agneaux nés dans la nuit, son petit garçon Arthur, à peine trois ans, tient à me montrer qu’il s’y connait déjà bien en moutons : en un éclair, il attrape un agneau qui passe par là, le caresse gentiment et le laisse retourner sous les jupes laineuses de sa mère.

En 2009, Philippe laisse tomber les petits boulots, la vie dans la vallée, achète une trentaine de brebis et se lance dans l’aventure. Il possède maintenant une centaine de bêtes, et espère à terme développer une bergerie, une fromagerie et tout ce qui s’ensuivra. Pour l’instant, son activité consiste à mener le troupeau dans la campagne environnante, entretenir le milieu des chemins et des forêts, gérer les naissances deux fois par an, et vendre au maquignon de beaux agneaux, élevés six mois, nourris de bonne herbe et de lait riche. Plusieurs races coexistent : la Sarde et la Corse, leur grande stature et leur profil impressionnant, la Brigasque, petite brebis rustique pleine d’entrain, et la Mérinos, qui donne une laine de grande valeur. La tonte, ce n’est pas encore pour tout de suite : pour l’instant, le cortège laineux profite de la jeune herbe du printemps revenu. En parcourant les espaces, il laisse sa marque : des restanques (vieilles terrasses servant depuis le moyen âge à une petite agriculture vivrière) bien dégagées et des chemins nettoyés ; c’est là l’œuvre du berger et de son troupeau, sans qui la forêt épaisse recouvrirait tout.

 

Les moutons, ce n’est pas trop compliqué ; les brebis mettent bas sans aide, tout juste faut-il parfois ramener la mère vers le petit agneau, pour qu’elle le sèche d’un coup de langue. En à peine 5 minutes, le petit est sur ses pattes, bientôt prêt à suivre la troupe, et pousse ses premiers bêlements, si attendrissants.

 

 

Philippe, devant le paysage grandiose du plateau des Claparèdes, me désigne quelques lieux, naturels ou chargés d’histoire : la baume de l’eau, la baume de Chantebelle, le fort de Buoux, la prison des femmes de l’archidiacre, m’explique les origines vaudoises de Sivergues, et le lent travail de construction du paysage de ces rudes exilés. La montagne est sa passion, il en connait les moindres recoins, tous les petits chemins et les secrets. Il est ici chez lui, et vit pleinement sa vocation, loin de la vallée, de la crise et des usines.

 

Texte et photos Pierre Marilly

Ecrit par

Je suis photographe et rédacteur dans les domaines de la gastronomie, du vin et de l’art de vivre. Arrivé en 2009 dans le Vaucluse, j’explore avec un bonheur toujours renouvelé ce coin de Provence authentique, à la rencontre des passionnés qui font vibrer mes sens ; chefs, vignerons, producteurs. Pour moi, il n’y a pas de petits sujets ! J’ai surtout à cœur de vous faire ressentir, par la magie des images et du verbe, la chaleur des fourneaux de cuisine pendant le coup de feu, ou la fraîcheur d’un chai en été.

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