A Carpentras, le secret des truffes est bien gardé

Dans la cour de l’ Hotel-Dieu de Carpentras, chaque vendredi matin de la mi-novembre à la mi février, a lieu le marché aux truffes. Loin du folklore touristique, ce marché est l’endroit idéal pour rencontrer les personnages discrets que sont les trufficulteurs, et leurs acheteurs, qu’ils soient courtiers, chefs ou grossistes. Ce petit monde de la planète truffe obéit à un cérémonial bien précis, auquel j’ai assisté en début de saison, mais de loin, à la périphérie, à la place des non-initiés, pour ne pas perturber cette mécanique fragile.

Et ce cérémonial est très court : à 8 heures,  les vendeurs arrivent avec leur petite cargaison de diamants noirs dans de modestes sacs de jute. Déjà l’on discute du cours, des quantités observées. Le jeu de l’offre et de la demande se joue avant même l’ouverture officielle. Telle rumeur, selon laquelle rien ne serait vendu aujourd’hui, se propage rapidement. Un frisson parcourt la petite foule des vendeurs, qui devraient alors baisser leur prix, ou se rabattre sur le marché du lendemain à Richerenches. 9h : un coup de sifflet retentit. Les vendeurs déversent sur de grandes tables disposées en carré le contenu de leurs sacs. Les lots sont de taille et de qualité variable. Au centre de cette arène, les acheteurs, aujourd’hui peu nombreux, se concertent, font négligemment le tour des tables, saluent un collègue, demande un prix, en proposent un. Le temps joue pour eux, la patience est une arme dont ils savent se servir. En un quart d’heure, le prix initial est descendu d’un tiers, selon le calibre et la qualité. L’ambiance n’est certes pas hostile, mais une certaine tension règne. En une demi heure, le marché est fait, et la foule se disperse rapidement.

    

 

 

S’il est très difficile de prendre des images de cet événement –les producteurs de truffes comme les acheteurs sont extrêmement discrets, voire secrets- il est en revanche aisé d’en parler avec eux : certains trufficulteurs sont parfaitement aimables, et ont à cœur de partager leur passion et leur métier. Une tendance générale ressort de cette année 2013, dont chacun s’accorde à dire qu’elle devrait être bonne. La pluie est venue aux bons moments, le froid est arrivé très tôt. Et à Carpentras, une centaine de kilos sont déballés chaque semaine, contre une tonne et demi à Richerenches qui, il est vrai, compte beaucoup plus de truffières.

 

    

 

Pour le simple visiteur, le plaisir d’assister à ces tractations nimbées de secret est intact. A la sortie, vous pourrez acheter au détail (entre 600 et 1100 euros le kilo) mélanosporum ou brumales. Pour ma part, je ramène du marché un petit chêne truffier (ou « mycorhyzé »), qui j’espère fera dans 5 ou 10 ans ma fortune !

 

         

 

Marché aux truffes de Carpentras : tous les vendredis, 8h30-9h30, Hotel-Dieu de Carpentras

http://www.provenceguide.com/fetes-terroir/truffe~~/offres-17-1.html

 

Texte et photos Pierre Marilly

 

 

Ecrit par

Je suis photographe et rédacteur dans les domaines de la gastronomie, du vin et de l’art de vivre. Arrivé en 2009 dans le Vaucluse, j’explore avec un bonheur toujours renouvelé ce coin de Provence authentique, à la rencontre des passionnés qui font vibrer mes sens ; chefs, vignerons, producteurs. Pour moi, il n’y a pas de petits sujets ! J’ai surtout à cœur de vous faire ressentir, par la magie des images et du verbe, la chaleur des fourneaux de cuisine pendant le coup de feu, ou la fraîcheur d’un chai en été.

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