À Apt, c’est la cerise (confite) sur le gâteau !

Les amateurs de friandises, becs sucrés et croqueurs de bonbons me jalouseront peut-être un peu : visiter un atelier de confiseur, c’est un peu pénétrer le saint des saints ! Denis Ceccon, confiseur à Apt, héritier d’un artisanat dans la pure tradition provençale, m’a initié aux joies du fruit confit. Point de sophistication superflue pour ce délice : les plaisirs les plus simples sont les meilleurs !

 

Devant moi, dans de larges plats creux, des melons, des poires, des abricots, des pêches, sont alignés, translucides et brillants, colorés et saturés de sucre. Le produit d’une journée de travail, de magnifiques fruits confits qu’on a envie de croquer à pleine bouche. Les grandes bassines de sucre blanc liquide glougloutent, en attente de la prochaine fournée de fruits. Denis Ceccon me tend un abricot tout juste glacé. Sa chair est moelleuse, son parfum décuplé par le sucre, et malgré cette saturation la fraîcheur du fruit est toujours là. Procédé admirable, connu depuis l’antiquité, inventé pour conserver les fruits et les déguster hors saison à la cour, la confiserie de fruits s’est anobli de cette lointaine filiation royale. Et Apt, petite cité de tradition agricole dans un pays de vergers, est devenue au fruit confit ce que Grasse est au parfum : une capitale. Madame de Sévigné aurait à ce propos comparé la ville à « un chaudron de confitures » ! Désormais, on travaille avec des variétés fruitières spéciales, cultivées dans la région et sur commande pour les besoins de la petite industrie. Sur le plan des techniques et des gestes, rien n’a changé depuis les bases posées par les ancêtres confiseurs.

 

Denis Ceccon se souvient de l’époque, entre 1960 et 1980, du grand boum de la confiserie, des usines, des volumes astronomiques produits, de fortunes accumulées grâce à l’or fruité, et de l’atelier paternel qui déjà préférait le geste humain à la mécanique industrielle. Aujourd’hui, avec son fils Fred, il perpétue tranquillement la tradition, à l’ouvrage devant des chaudrons de sucre qui voient passer, mine de rien, près de 10 tonnes de fruits chaque année.

 

Le marché du fruit confit a depuis quelque peu décliné, mais s’est équilibré grâce à une clientèle amatrice de bonnes choses et fervente admiratrice de la tradition. Offerts en cadeau au Japon, en Russie, en Chine, ils font paraît-il merveille et délient les langues étrangères. Une propriété magique et toute provençale !

 

Denis Ceccon, Confiserie Le Coulon
24, quai de la liberté
84400 APT
Tel : 04 90 74 21 90

Texte et photographies : Pierre Marilly pour ADT

Ecrit par

Je suis photographe et rédacteur dans les domaines de la gastronomie, du vin et de l’art de vivre. Arrivé en 2009 dans le Vaucluse, j’explore avec un bonheur toujours renouvelé ce coin de Provence authentique, à la rencontre des passionnés qui font vibrer mes sens ; chefs, vignerons, producteurs. Pour moi, il n’y a pas de petits sujets ! J’ai surtout à cœur de vous faire ressentir, par la magie des images et du verbe, la chaleur des fourneaux de cuisine pendant le coup de feu, ou la fraîcheur d’un chai en été.

Commentaires

  1. Ecrit par HUGOT Roland le 11 août 2014, 14:32 [Réponse]

    Quel dommage que cette confiserie artisanale, aux produits de très haute qualité, ne vende pas sur Internet !
    de la Région Parisienne je m’en ferai volontiers l’ambassadeur.
    Roland HUGOT (client de passage au magasin d’Apt)

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