La rue de la soie à Avignon

C’est l’une des rues les plus pittoresques de la vieille ville. Elle est pavée de neuf comme à l’ancienne et ses roues à aube sur la Sorgue rappellent son passé industriel fait de tanneurs, tisserands et mouliniers avec vue sur les vieilles pierres et le festival d’Avignon.

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« En voilà une rue bizarre ! La moitié est pavée pour laisser passer les gens et l’autre moitié sert de lit à la Sorgue qui fait tourner les roues ». Félix Gras, poète républicain, décrivait ainsi la rue des Teinturiers au XIXe siècle. Elle n’a pas changé, pas trop, quelques détails comme les platanes à la place des peupliers et des ormes, les roues qui brassaient les eaux limpides de Fontaine-de-Vaucluse. Il n’en reste que quatre sur 23 de ces aubes en bois qui alimentaient une frénésie laborieuse. Un millier d’ouvriers faisaient tourner, en 1840, une belle longue boutique de teinturiers, passementiers, veloutiers, mouliniers, garanciers et tisserands qui fabriquaient des « Indiennes » encore plus belles qu’à Marseille.

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Roues et jus de réglisse

Aujourd’hui, attablé à l’un des multiples restos et bistrots, il faut s’imaginer l’activité de ces ateliers surpeuplés, sur la lancée de « L’art de la soie » qui avait fait la réputation d’Avignon (XVIe et XVIIe) dans cette rue « des Roues », devenue « des Teinturiers » en 1843. Tout ce beau monde, industrieux au possible, se partageait l’espace avec des fabricants de peignes, de cierges, de jus de réglisse et de chocolat. Plus quelques estaminets et des lavandières rigolardes qui commentaient leur quotidien, au-dessus de la petite rivière, grande pourvoyeuse d’énergie gratuite.

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Les amateurs de mécanique ne manqueront pas quelques vestiges précieusement conservés comme les engrenages de roues, les portillons d’entretien dans le parapet, les traces de pales sur les murs et les bras d’entrainement. Pour les très curieux, le plus grand mécanisme de transmission de roue à aube se trouve dans le couloir d’entrée du N° 29, l’actuel théâtre de l’Albatros. L’ensemble, en plusieurs sections, faisait 250 mètres en passant sous la rue depuis la rivière jusqu’à l’atelier. Oui, c’est un peu technique mais ça fait partie de l’histoire de cette rue, « fraîche oasis du rêve et du mystère » comme l’écrivait Paul Manivet, un autre poète avignonnais qui ne connaissait pas le festival d’Avignon.

 

Pénitents et Garance

En juillet, la rue des Roues est la plus fourmillante et saltimbantesque de la ville, le passage obligé du festivalier en goguette. Comme ici, le théâtre tutoie les vieilles pierres, entre deux pièces, je vous conseille d’apprécier la gothique « Maison IV de Chiffres » (1493), puis au fil de la Sorgue en allant vers le centre-ville, la petite Chapelle Sainte-Croix des Pénitents gris, les premiers (1226) d’une longue série en couleurs (noirs, blancs, bleus, violets et rouges).  Les plus sensibles des festivaliers verseront  une larme romantique à la mémoire de Laure, la copine virtuelle de Pétrarque qui repose depuis 1348 à l’église des Cordeliers voisine .

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Arrêtez-vous devant le N° 14, la demeure avignonnaise de l’entomologiste Jean-Henri Fabre qui y posa ses bagages en 1855, après avoir présenté sa thèse intitulée « Recherche sur l’anatomie des organes reproducteurs et sur le développement des myriapodes ». Presque le titre d’une pièce du Festival Off. Il y resta 16 ans avant d’être viré par ses propriétaires, deux vieilles bigotes qui lui reprochaient d’avoir expliqué, en cours du soir, la fécondation des fleurs à des jeunes élèves, curieuses de la nature. C’est lui aussi qui fit des recherches sur la Garancine et l’Alizarine, les principes actifs de la Garance qui teinte les tissus en rouge.

Pertinent quand on habite la rue des Teinturiers…

 

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 Pour en savoir plus sur la vie de la Rue des Teinturiers

Texte Hugues Masoch , Photos Alain Hocquel

Hugues

Ecrit par

J’arpente le Vaucluse depuis presque 40 ans pour raconter les choses et les gens, dégotter des coinstots plus ou moins bizarres, austères parfois, festifs et surprenants souvent, pleins d’histoires petites et grandes. J’ai toujours aimé soulever les jupes du quotidien. Je n’ai jamais été déçu. Alors restez avec moi pour vous faire partager mes découvertes.

Commentaires

  1. Ecrit par robert garcia le 10 novembre 2014, 11:11 [Réponse]

    Vous oubliez de préciser que c’est dans la rue des teinturiers que monsieur Pernod installa au début du 20e siècle, le premier atelier de fabrication de pastis. Ce n’est pas négligeable, non ?

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