D’hier à aujourd’hui, les visages du Pont d’Avignon

« Excusez-moi madame, pourquoi est-il coupé, ce pont? ». Lorsque vous êtes Avignonnais, cette question, on vous la pose plusieurs fois par an! Chacun y va de sa certitude devant ce majestueux édifice. Bizarre, tout de même, ce pont de quatre arches qui s’arrête en plein milieu du Rhône, à quelques mètres de l’île de la Barthelasse.

Le plus souvent, l’hypothèse de bombardements durant la seconde guerre mondiale est avancée. Car aujourd’hui, personne n’imagine que le Rhône, ce gros serpent d’eau tranquille, pourrait être à l’origine de la destruction du pont.

Et pourtant… Une évidence pour les Avignonnais qui, de mémoire d’homme, ont toujours connu un pont de quatre arches. Pas de bombardement allemand ou autre intervention violente des hommes mais bel et bien la force du fleuve qui n’a été dompté que tardivement.  Pour tous les Avignonnais, le pont Saint-Bénézet demeure une fierté car il témoigne d’abord de l’ancienneté de la ville et porte en lui une belle légende. En effet, le pont de 22 arches et 900 mètres, dont la construction a pris plusieurs siècles, est « sorti » des eaux en 1230, mais la première pile qui porte la chapelle Saint-Bénézet daterait elle du XIIe. Dans cette chapelle, les reliques de Bénézet, un jeune pâtre ardéchois qui se disait envoyé par Dieu pour construire un pont à Avignon. Défié par le prélat d’Avignon, le berger souleva, dit la légende, un énorme rocher aidé par des anges, avant de le jeter dans les eaux du Rhône, pour preuve de ses dire!

Longtemps, le pont d’Avignon fut le seul lien routier qui permettait de relier Avignon à Lyon et donc, au reste de la France. Les convois qui le traversaient payaient une taxe, reversée au clergé. Car c’est bien l’autre aspect important du pont : il a permis l’essor économique, culturel et religieux d’Avignon et des villes alentour comme Villeneuve-lez-Avignon ou encore Châteauneuf-du-Pape où les papes, cardinaux avaient leurs villégiatures.

Dans les années 1930/40, contrairement à ce que relate la chanson, c’est « sous » le pont d’Avignon qu’on dansait. Côté remparts, des guinguettes proposaient des repas et bals musette au bord de l’eau, faisant fi des inondations qui régulièrement transformaient la ville en immense rizière. Aujourd’hui encore, les Avignonnais écoliers dans les années 50 se souviennent avoir navigué en barque dans les rues de la cité des Papes!

Au début des années 1995, c’est le maire d’Avignon d’alors qui a fait, de la reconquête du Pont d’Avignon et de son pourtour, une priorité. Côté île de la Barthelasse, le chemin de halage boueux sur lequel les mariniers tiraient jadis les péniches, a été aménagé pour accueillir promeneurs, joggeurs et cyclistes. Une navette fluviale, gratuite, relie d’avril à octobre, les deux rives du fleuve pour le plaisir des enfants d’Avignon et d’ailleurs. Le stationnement a été totalement banni au pied du pont, permettant non seulement la préservation des arches mais aussi la mise en valeur de l’édifice photographié et chanté dans le monde entier! En 2015, le tablier du pont a été totalement refait pour permettre l’accueil des personnes à mobilité réduite. Désormais, tout le monde peut monter et visiter le pont le plus célèbre de France!

Preuve de son incroyable attractivité, le Pont d’Avignon a fait l’objet d’une longue étude menée par des chercheurs du CNRS pour en faire sa reconstitution en 3D. Un travail de plusieurs années, très minutieux et qui ne laisse pas la place à l’approximation. La diffusion de la vidéo en 3D (voir ci dessous) a été un moment très émouvant pour les Avignonnais d’aujourd’hui qui, finalement, découvraient pour la première fois aussi, « leur » pont fini. Cheminer virtuellement sur cet édifice jusqu’à la tour Philippe le Bel de Villeneuve,  a quelque chose de magique et de réconciliant avec les terres gardoises.

Très souvent, des projets, plus farfelus les uns que les autres, de « reconstruction » du Pont ont germé dans les têtes d’artistes ou d’élus. Leur faisabilité a toujours été impossible car le monument est classé par l’UNESCO. Je suis sûre, aussi, que tous les amoureux de ce Pont, d’Avignon ou d’ailleurs, s’opposeraient avec force à un prolongement du pont. Nous aimons voir cet arrêt brutal se refléter dans l’eau. Cette blessure du temps et des éléments qui peut-être nous rappelle la fragilité des hommes et la solidité des pierres. Ce pont coupé, comme un bras prolongé des remparts, c’est une main qui se tend sur l’eau. C’est l’une des nombreuses singularités d’Avignon qui en font une ville unique et énigmatique.

 

Merci à Did’Art Couleurs Nature pour le prêt de deux photos

Laurence

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Commentaires

  1. Ecrit par dominique rousselle le 15 mars 2017, 22:31 [Réponse]

    Merci, belle initiative ‘ du très beau travail.
    Je suis une avignonnaise de coeur. I
    Ce pont fait parti de mon patrimone en tant que Provencale ‘
    je suis de Fontaine de Vaucluse exilée dans le Lot.

  2. Ecrit par Achaume Patrick le 15 mars 2017, 16:39 [Réponse]

    cette vidéo est superbe, quel beau travail !! on aimerait que ça continue…. merci beaucoup.

  3. Ecrit par NARCY le 15 mars 2017, 07:27 [Réponse]

    Oui j’ai aimé et surtout j’ai trouvé la réponse à la question que je me posais depuis longtemps : la circulation était elle ouverte sous la 1ère voute coté Avignon
    Dommage qu’on ne parle pas des inondations qui ont eu lieu

  4. Ecrit par Molina le 15 mars 2017, 06:17 [Réponse]

    Très instructif et belles photos et beau film ,

  5. Ecrit par redron le 14 mars 2017, 19:24 [Réponse]

    fantastique de pouvoir grace a ce film se plonger dans le passé … bravo …

  6. Ecrit par SOUMAGNE le 14 mars 2017, 18:05 [Réponse]

    Superbe travail

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